Imaginez un peintre ne sachant pas mélanger les couleurs, un danseur ne connaissant pas les pas ou un sculpteur ne maîtrisant pas ses outils. L’artiste doit maîtriser la technique pour la transcender et exprimer son émotion, dans le cas du cavalier, pour vivre son moment pleinement. Celui-ci doit bien connaître la biomécanique de son cheval afin de pouvoir en bénéficier complètement. Ses connaissances lui permettront d’évoluer sans cesse avec son cheval. Les limites du cheval pourront être acceptées et le cavalier trouvera une satisfaction dans l’effort que lui offre son cheval. Il pourra alors le récompenser dans la mesure de ses capacités. On ne valide pas l’intelligence d’un poisson à sa manière de voler. Un cheval de trait n’aura jamais le mouvement des membres d’un Warmblood né pour le dressage. Cela ne veut pas dire que le gentil cheval de trait croisé ne pourra pas faire du dressage, cela veut dire qu’il pourra le faire a sa manière.

L’impact du travail sur le cheval, négatif?

La bonne connaissance de l’anatomie du cheval et des attitudes à adopter dans le travail assurera une protection des structures indéformables, c’est-à-dire les tendons, ligaments, os et cartilages et un développement adéquat de la musculature du cheval (voir l’article  »12 structures clefs à observer en biomécanique »). Moins de blessures et plus de confort dans le travail assurera un cheval calme, sécuritaire et disponible. Dès lors que l’on choisit de monter sur son cheval, il faut considérer l’impact que cette tâche aura sur son corps  et en minimiser l’usure. La sédentarité aurait aussi des conséquences néfastes sur le cheval domestiqué. Des mises en liberté où la nourriture et l’eau sont accessibles sans effort juste à côté d’un abri, jumelé à une vie sociale pauvre ne sauraient remplacer les bienfaits sur le corps du jeu offert par une vie sociale riche et d’une migration nécessaire pour assurer ses besoins. Ainsi, le travail du cheval de selle peut être bénéfique lorsqu’il est bien mené.  

Cette usure réduite aidera le cavalier à concilier la durée de vie utile et réelle de son cheval, repoussera l’âge de la retraite du cheval. Un cheval encore capable d’être utile à plus de chance d’avoir des conditions de vie confortables. Le cavalier pour qui le cheval aura travaillé de longues années sera plus enclin à lui offrir une retraite dorée! Une carrière longue permettra au cavalier de bénéficier de la sagesse du cheval mature, pour qui les commandes du cavalier seront maîtrisées. Le cheval tombe trop souvent à la retraite au moment où il devient le plus agréable pour le cavalier.

livre de biomecanique cheval

Plus le cheval évolue, plus il sera à même d’offrir des sensations fines et complexes. La connaissance de la biomécanique du cheval, en rendant l’entraînement plus efficace, ouvrira les portes des mouvements de plus en plus complexes et subtiles. Cette efficacité accrue permettra au cavalier d’agir de manière plus fine et donc plus confortable pour le cheval. Les séances d’entrainement plus courtes, plus efficaces, plus confortables et tout le monde y gagnera au change. Le mécanicien qui change 10 fois la mauvaise pièce perd 10 pièces en plus d’un temps précieux, mais lui, au moins, travaille sur une machine insensible.

L’éthique

L’artiste équestre a pour objet de création un vivant, son art doit s’inscrire dans les limites de l’intégrité physique et psychologique du cheval pour être éthique. Avoir une idée claire de ce à quoi on peut s’attendre de la part de notre cheval en connaissant bien les possibilités et les limites de son corps fait du cavalier un meilleur leader. Le cavalier peut prendre des décisions adéquates, les appliquer de la bonne manière, demander d’une manière intelligible et possible pour le cheval. Les aides deviennent de plus en plus légères. Entre des aides toujours plus légères, une vie meilleure, plus confortable et une usure diminuée du cheval dans le cadre du travail, on peut sans aucun doute affirmer que la connaissance de la biomécanique du cheval rendra l’équitation plus éthique.

Bon pour le portefeuille!

Dernier argument plus pragmatique, mais d’une grande importance, la connaissance de la biomécanique du cheval réduit les coûts inhérents à la pratique de l’équitation de plusieurs manières, en minimisant les blessures, dans un premier temps. Moins de frais vétérinaires, moins d’arrêt de travail au boxe où les coûts de la pension continuent de rouler. Plus besoin de dépenser des sommes exorbitantes pour l’acquisition d’un cheval entraîné à grand frais. Plus besoin non plus de débourser pour une génétique exceptionnel ou les prédispositions naturelles compensent en apparence les lacunes dans la connaissance de son cavalier.

Du cœur à L’ouvrage…

Chaque cheval possède dans son éthogramme les mouvements les plus prestigieux et complexes. Ceux-ci ont eu l’occasion ou pas, de se développer par l’expérience, facilité ou non par sa conformation. Un entraînement adéquat saura révéler ses capacités. Pas les moyens de vous offrir un cheval de grand prix? Fabriquez-vous-le!  Il ne pourra peut-être pas vous amener aux olympiques, mais il pourra très certainement vous permettre de goûter aux bonheurs de ces mouvements dignes de la grande équitation. Qui n’a jamais rêvé de voler quelques foulées de piaffer à un petit cheval au grand cœur.

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